L’industrie du body art a connu des changements colossaux au cours du dernier quart de siècle, passant d’un passe-temps marginal à une partie intégrante de la culture de masse. Le réseau canadien BodyMods, qui ne se contente pas de suivre les tendances mais façonne activement les normes de qualité et de sécurité, est à l’avant-garde de ces changements. Lee Carriere, l’un des artistes clés du réseau et responsable de la formation, nous parle de la construction d’une carrière de maître moderne, pourquoi la formation est plus importante que la technique et comment conserver l’amour de son métier après deux décennies.
De stagiaire à mentor : un long chemin dans l’industrie
Lee Carriere a commencé son parcours dans la ville de Red Deer (Alberta) avant même que l’industrie ne dispose des outils modernes. Son apprentissage a duré un an et demi et lui a coûté des milliers de dollars par mois. C’était une époque où les machines rotatives n’existaient pas, et le maître devait assembler lui-même les aiguilles, régler l’équipement et stériliser les instruments à la main. Il a commencé sa carrière par le piercing, mais a rapidement compris que sa vocation était le tatouage. Il passait chaque pause à dessiner jusqu’à ce qu’il décide de suivre une formation complète.
Aujourd’hui, avec environ 20 ans d’expérience, Lee travaille chez BodyMods depuis 2017. Son rôle va bien au-delà de la simple application de dessins : il est devenu responsable de la formation et du mentorat, aidant les nouveaux maîtres à entrer correctement dans la profession. Le réseau BodyMods, fondé en 2002 comme une boutique de bijoux, compte désormais dix points de vente en Colombie-Britannique et en Alberta, et ouvre trois autres studios en Alberta cette année. L’entreprise est devenue un symbole de professionnalisme, en misant sur la sécurité, la transparence et l’accessibilité des services.
Un style sans limites
Lorsqu’on lui demande son style préféré, Lee Carriere ne répond pas comme beaucoup s’y attendent. Il n’est pas attaché à une seule direction, qu’il s’agisse de réalisme, de traditionnel, de linework ou de graphisme noir et blanc. Pour lui, la diversité et la possibilité d’apprendre continuellement sont importantes. « Je n’ai jamais voulu être un maître qui ne fait qu’une seule chose », dit-il. C’est cette flexibilité qui lui permet de trouver un terrain d’entente avec les clients et de créer des œuvres uniques, adaptées à leurs souhaits et à leur anatomie.
Parmi les maîtres qu’il admire, on trouve Heng Yue, Keith ‘Bang Bang’ McCurdy, Carlos Torres et Joaquin Ganga. Leurs œuvres lui servent de référence, le motivant à s’améliorer constamment. « Le niveau auquel ils travaillent est ce à quoi j’aspire », admet Lee.
Des technologies qui ont changé l’industrie
En deux décennies, l’équipement de tatouage a radicalement changé. Les aiguilles à cartouches ont permis de changer de configuration en quelques secondes, assurant propreté et précision. Les lourdes machines à bobines ont cédé la place à des appareils rotatifs et sans fil légers, qui réduisent la charge sur les mains du maître. Les encres sont devenues plus stables, cicatrisent mieux et conservent leur éclat plus longtemps.
Mais le changement le plus important est la numérisation. Les tablettes avec Procreate ont remplacé les tables lumineuses et le papier carbone, permettant aux maîtres et aux clients de collaborer sur la conception en temps réel. Internet et les réseaux sociaux ont donné la possibilité d’apprendre auprès de collègues du monde entier, d’échanger des techniques et de trouver de l’inspiration. Les clients sont également devenus plus informés : ils viennent avec une compréhension des styles, des étapes de cicatrisation et des possibilités de l’art.
Conseils pour les clients et les futurs maîtres
Pour ceux qui souhaitent se faire tatouer, Lee conseille : étudiez d’abord le portfolio du maître, pas le prix. Regardez non seulement les travaux récents sur les réseaux sociaux, mais aussi comment le tatouage a cicatrisé après quelques mois. Venez avec des idées et des références, mais faites confiance au professionnel – les meilleures œuvres naissent de la collaboration, pas de la copie.
Pour ceux qui rêvent de devenir tatoueurs, il recommande : dessinez plus que nécessaire. La capacité de dessiner est plus importante que la maîtrise de la machine. Étudiez l’anatomie, la composition, la théorie des couleurs. Trouvez un véritable programme d’apprentissage avec un mentor expérimenté. Rappelez-vous : le tatouage n’est pas seulement l’application de pigments, c’est de l’hygiène, de la sécurité, du professionnalisme et la confiance du client.
Chez BodyMods, l’apprentissage est une opportunité rémunérée d’apprendre sous la direction de professionnels, en mettant l’accent sur le mentorat, les compétences techniques et les normes de sécurité. « Un travail propre et cohérent survivra toujours aux astuces à la mode », souligne Lee.
La vie en dehors du studio
En dehors du tatouage, Lee apprécie les moments loin du studio. Il est soutenu par sa petite amie et son bouledogue français, Juniper. Pendant son temps libre, il aime l’orpaillage, les promenades dans la nature et les voyages où il découvre de nouvelles cultures. Ces expériences se reflètent souvent dans son travail, le chargeant d’énergie et d’inspiration.
Custom ou flash ? Le choix appartient au client
Aujourd’hui, les clients recherchent de plus en plus des œuvres individuelles et originales, mais les tatouages flash reviennent aussi à la mode. BodyMods propose des livres exclusifs avec des designs flash de différents styles et gammes de prix. Il est important de noter que même un flash peut être adapté : changer la taille, ajouter de la couleur, corriger les détails. L’objectif est le même : créer un tatouage dont le client sera fier.
L’avenir de la culture du tatouage au Canada
Lee est reconnaissant envers l’équipe de BodyMods pour son soutien et son développement. Les nouveaux studios à Calgary (Chinook Mall et Market Mall) montrent déjà d’excellents résultats. Il est fier de travailler dans une entreprise qui investit dans l’avenir de l’industrie : elle ouvre de nouveaux lieux, crée des opportunités pour les maîtres et développe des programmes éducatifs. « Cela élève les normes de professionnalisme, d’éducation et de qualité dans tout le pays », conclut-il.
L’histoire de Lee Carriere est un exemple de la façon dont la persévérance, l’amour de son métier et la formation continue peuvent mener au succès dans le monde du tatouage. Son approche est un équilibre entre le respect des traditions et l’ouverture aux nouveautés, ce qui en fait l’un des maîtres les plus respectés de la scène du tatouage canadienne.






